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Gestion du dossier ivoirien : Les 2 issues qui s'offrent à la Cpi - Fatou Bensouda au pied du mur
 
Le dossier ivoirien pourrait être un bon test pour juger de la crédibilité de la Cour pénale internationale (Cpi). Ce tribunal international, qui s'est donné pour vocation de punir les auteurs de crimes à travers le monde, s'est saisi du dossier ivoirien au lendemain de la crise post-électorale.

Depuis ces événements qui ont vu la chute de l'ancien président Laurent Gbagbo, elle a entrepris de poursuivre des personnalités politiques et militaires qui sont soupçonnées d'avoir commis des crimes relevant de ses compétences. Premier à être traduit devant ce tribunal, l'ancien chef de l'Etat, dont les hommes ont perdu la guerre consécutive à la crise post-électorale. Transféré manu militari le 29 novembre 2011 à La Haye aux Pays-Bas, il y fait l'objet d'une procédure judiciaire à rebondissements. D'abord comme « co-auteur indirect » des crimes imputés aux forces militaires ayant combattu en vue de son maintien au pouvoir.

Désormais, pour y avoir pris une part active. A l'époque de son transfèrement à la prison de Scheveningen, l'ex-procureur Luis-Moreno Ocampo avait clairement prévenu que Laurent Gbagbo est le premier mais qu'il ne serait pas le dernier. Au terme d'une visite officielle à Abidjan en octobre 2011, il avait déclaré que 3 à 6 personnes supposées avoir les plus hautes responsabilités dans la crise post-électorale, seraient épinglées par la Cpi.

Depuis, seul l'ancien chef de l'Etat est écroué dans les geôles de La Haye. Plus de douze mois après, aucune autre personnalité ne l'a rejoint. Des 5 autres personnes dans le viseur de la Cpi, seul Simone Gbagbo, l'épouse de l'ex-chef de l'Etat, a été officiellement épinglée par ce tribunal international. Mais bien que le mandat d'arrêt international émis contre elle ait été rendu public depuis novembre 2012, elle n'a pas encore pris le chemin de la prison de Scheveningen où l'a devancé son époux. Les autorités ivoiriennes feraient des difficultés pour livrer l'ex-première dame à la Cpi. Depuis, cette juridiction internationale semble s'être résignée à laisser faire Abidjan, qui semble bien décidé à ne pas lâcher Simone entre les griffes de la procureure Fatou Bensouda.

A aucun moment, la Cpi n'a donné de la voix pour crier son ras-le-bol devant la réticence du régime Ouattara à livrer Simone. Résultat : on en est encore à 1 sur 6 suspects au moins qui sont sous la menace de la Cpi. Outre l'épouse de Laurent Gbagbo, d'autres partisans de l'ex-chef de l'Etat seraient également sur la liste noire de la procureure de la Cpi. Dans le document exposant les charges que Fatou Bensouda entend retenir contre l'ex-chef de l'Etat, celle-ci distille un chapelet de faits qui montrent sans équivoque l'implication au plus haut niveau, de certains pro-Gbagbo dans la guerre post-électorale. L'ex-leader des jeunes patriotes, Blé Goudé, l'ex-chef d'état-major, le général Philippe Mangou, l'ex-commandant de la garde républicaine, le général Bruno Dogbo Blé et l'ex-patron du Cecos, Guai Bi Poin, ont ainsi été cités nommément par la Cpi comme ayant joué un rôle majeur dans le plan mis en œuvre par Gbagbo pour conserver le pouvoir.Plan dont l'exécution a conduit à la commission de crimes.

En mettant en relief le rôle majeur qu'ils ont joué dans le schéma de l'ex-président pour se maintenir aux affaires, la Cpi laisse-t-elle entendre que tous sont aussi fautifs que Gbagbo ? Si oui, ira-t-elle jusqu'à obtenir leur comparution devant cette juridiction internationale ? En ne le faisant pas, elle donnera le sentiment de biaiser avec le dossier ivoirien en procédant à des poursuites sélectives.

A la tête du client, en somme. Dans ce cas, Fatou Bensouda et cette prestigieuse institution perdraient tout crédit devant tous ceux qui ont toujours cru en la Cpi comme un instrument de lutte contre l'impunité vraie, quels que soient les auteurs des crimes. Le discrédit sera davantage cinglant si cette juridiction internationale ferme longtemps les yeux sur les crimes qui auraient été commis par des pro-Ouattara et que, en conséquence, aucun d'eux ne se retrouvait au nombre des 3 à 6 personnes initialement visées par la Cpi. Plusieurs Ong de défense de droits de l'Homme ont formellement accusé certains chefs de guerre pro-Ouattara d'avoir commis de graves crimes durant la crise postélectorale.

Pour continuer de jouir d'un certain crédit, ce tribunal international devra coûte que coûte se donner les moyens de mettre le grappin sur toutes les personnes- de quelque bord qu'elles soient- soupçonnées d'avoir une plus grande responsabilité dans les crimes de guerre et crimes contre l'humanité perpétrés durant la crise post-électorale. Soit elle va jusqu'au bout en mettant sous les verrous tous ceux qui ont gravement fauté ; et cela, au nom d'une lutte sans compromission contre l'impunité. Soit elle s'avoue impuissante à faire transférer dans ses prisons, tous ceux qui sont dans son collimateur. Dans ce cas, la Cpi devra en tirer toutes les conséquences en se débarrassant de la patate chaude ivoirienne. En clair, Fatou Bensouda devra s'en laver les mains en renvoyant tout le monde, y compris Laurent Gbagbo, devant les tribunaux ivoiriens.

Assane NIADA

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